EDITO de Jacky Evrard, directeur du Ciné 104

Les gens de lettre, tels Jean Cocteau, Marguerite Duras ou bien encore Alain Robbe-grillet, quand ils investissent le territoire du cinéma le font généralement en défiant les écritures classiques du 7e art. C’est le cas d’Arrabal, que le Ciné 104 a le grand privilège d’accueillir le Dimanche 1er mars.

Les films d’Arrabal ne se racontent pas : le visage tragique de la guerre d’Espagne, les cauchemars de Goya et la longue tradition de mort de la corrida se mêlent aux obsessions personnelles de l’auteur dans une fresque où le lyrisme côtoie les pires provocations. Arrabal a passé son enfance en Espagne, il a grandi en même temps que la dictature militaire : il a été témoin de la destruction des libertés et de la misère du peuple, de la répression policière et de la corruption des armées et de l’Église.
Sans avoir cela à l’esprit, on ne peut comprendre son oeuvre. Baal Babylone (1959) est un roman obsessionnel où défile toute la cruauté de l’Espagne franquiste. Arrabal en a tiré un film : Viva la muerte. Réalisme glacial ou onirisme débordant, on ne sait jamais si l’oeuvre appartient au fantasme ou au témoignage. Et c’est justement ce qui fait son attrait : elle désoriente et provoque, elle est profondément politique et joyeusement ludique.

 » Le théâtre, a écrit Arrabal (et c’est valable pour le cinéma) est surtout une cérémonie, une fête, qui tient du sacrilège et du sacré, de l’érotisme et du mysticisme, de la mise à mort et de l’exaltation de la vie. « 

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